HANSEN.
Kurtis Hansen, un homme de taille moyenne, mince, vêtu de l’habit traditionnel du bûcheron d’Aberdeen, avançait lentement sous la pluie battante, ses bottes remplies d’eau s’étaient alourdies et chaque pas retombait lourdement dans les flaques de boue.
Blotti dans son épais manteau on ne voyait plus que sa vielle casquette des Seattle Supersonics. Il arriva enfin devant un snack le “Aberdeen Fantastic chiken bar ”. Il
Pénétra dans l’établissement, l’endroit était très éclaire, avec des tables très écartées, de fausses plantes et les murs de couleur beige et jaune façon Mc Donald’s, le samedi il y avait souvent foule mais là le restaurent était plein à craquer. Un serveur accosta Hansen et lui demanda s’il désirait boire un verre au bar ou s'il voulait manger à table. Hansen sans répondre scrutait la salle, il n’y avait effectivement plus de places assises.
- Voulez-vous boire un verre ? Il n’y a plus de place à table, ajouta le serveur.
- Monsieur ? Le bar est par-là.
Thurston Jackson était assis à côte de la fenêtre qui donnait sur une rue déserte au milieu de laquelle des flaques de boue grandissaient dangereusement. Les rares voitures qui passaient arrosaient les façades des maisons d’un liquide marron, ce qui expliquait l’absence de passants. Jackson était un grand noir de près d’un mètre quatre-vingts dix, de quarante cinq ans environ, il avait une moustache, habillé d’un costume Armani gris foncé. Il était avocat. Il lisait un journal régional qu’il avait acheté au bar, devant lui sur la table il y avait un hamburger à peine entamé, Jackson l’avait recouvert de ketchup et de moutarde mélanges, quelques frites traînaient ici et là au milieu de son assiette. Soudain il entendit que quelqu‘un s’approchait de lui, il tourna la tête et vit le serveur qui avait l’air gène.
- Qu’y a-t-il mon jeune ami ? Questionna Jackson.
- Excusez-moi de vous déranger dans votre lecture, mais quelqu’un désirerait partager cette table avec vous, est ce que cela serait possible ?
Jackson regarda derrière le serveur et vit Hansen qui attendait en tournant en rond.
- Cela ne me dérange absolument pas, il peut venir décida Jackson.
Le serveur se retourna, alla parler avec Hansen puis celui-ci se dirigea vers la table.
- Thurston Jackson, avocat, heureux de vous rencontrer euh… !
- Kurtis Hansen, bûcheron et tuer à gage à mes moments perdus ?
Hansen s’assoit après avoir serrer la main de Jackson, il se déshabilla, il portait un pull à l’effigie de Harvard.
- Vous avez fait Harvard ?
- Non.
- Vous voulez le menu ?
- Oui.
Jackson le lui tendit.
- Je vous conseil le mega chicken avec fromage !
- Merci.
Jackson appela le serveur et fit la commande, il reprit un autre plat de frites. Hansen changea de visage, il retira sa casquette et sourit, Jackson le lui rendit.
- Alors vous êtes avocat ?
- Oui, mais expliquez-moi pour “tueur à gage ” ou est le gag ?
- Quel gag ? C’est la vérité.
- Alors vous avez tué des gens ! On vous donne de l’argent pour tuer !
- Exactement.
- Et pourquoi vous me le dites ? !
- Pour être sincère.
- Oui….Et bien je suis avocat à Seattle et un des rares noirs à l’être !
Hansen resta perplexe. Le sourire fier de Jackson s’effaça, un silence s’installa, puis :
- Oh ! Excuse-moi, c’est vrai pourquoi parler de couleurs, hein mon frère !
- Pourquoi m’avoir dit ça ?
- Dit quoi ?
- Que vous étiez noir ?
- Parce que je le suis.
- Et c’est si important ! J’arrive dans ce resto, trempé, je cherche un peu de chaleur, je m’assieds avec vous car vous me paraissez sympathique, amical, pas parce que vous êtes noir !
- Excusez-moi mais…
- Non, je voulais être ami avec vous, mais vous, vous mettez une barrière entre nous, une frontière, comme si vous disiez : “ toi tu es blanc, moi je suis noir, alors n’essaie même pas d’être mon pote ”.
- Mais non !
- C’est ne pas parce que vous êtes noir que je vais vous aimer plus, ni moins. Vous êtes Jackson et moi je suis Hansen, pourquoi ne pas en rester là ? Pourquoi devrait-il y avoir une distinction quelconque parce que vous êtes noir et moi blanc ? Pourquoi ressentez-vous le besoin de me dire que vous êtes noir ? Je le vois bien !
- Si je vous l’ai dit c’est pour insister sur le fait que les noirs sont très rares dans ce milieu dirige exclusivement par les blancs, alors peut-être que vous ne voyez pas de différence entre les noirs et les blancs, mais moi si ! Les blancs ont le pouvoir, les noirs sont des esclaves, si c’est votre peuple qui était dominé alors vous diriez la même chose que moi et vous verriez la différence.
- Mais là on est que tous les deux….
- C’est vrai, mais tous les jours j’ai dû affronter les préjuges à cause de ma couleur de peau et j’ai gagné, je suis avocat, j’en suis fière et cette fierté est indissociable de ma couleur, c’est ma couleur qui rend immense cette victoire, vous comprenez ? Et c’est parce que j’en suis fière que je vous l’ai dit.
- Oui je comprends, c’est vrai que les gens de couleur sont défavorisés, mais ce n’est pas une raison pour faire de tous les noirs des martyrs, il y a aussi énormément de blancs qui sont dans la merde.
- Je suis d’accord, mais je ne me considère pas comme un martyr au lieu de me lamenter sur mon sort comme le font tant d’autres, j’ai travaillé, j’ai eu mon diplôme, j’ai réussi, c’est ça qui compte.
Le hamburger et les frites arrivent apportés par le serveur. Silencieusement les deux hommes inspectaient leurs assiettes, puis Jackson s’adressa à Hansen :
- D’où êtes vous originaire ?
- Mon père était hollandais, mais je suis né à Olympia.
- Vous êtes donc dans la région depuis votre enfance, moi je ne vis à Seattle que depuis cinq ans et avec mon travail je n’ai pas beaucoup de temps pour visiter la ville.
- Que faites-vous à Aberdeen ?
- C’est assez confidentiel mais disons que je suis venu voir un de mes clients…mais parlez-moi de vous, vous avez de la famille ?
- Non.
- Moi j’ai une femme et une fille.
- Ma femme est morte, elle s’est suicidée.
- Jésus, Marie, Joseph ! !
- Vous êtes croyant ?
- Bien sur que je suis croyant !
- Catholique ?
- Protestant, vous ne l’êtes pas ?
- Non, c’est qu’un amas de conneries ! Est-ce que vous savez ce que la religion a fait à votre peuple ? L’esclavage…
- La religion n’y est pour rien, c’est la folie de l’homme blanc !
- Et les guerres entre musulmans et juifs ?
- Ils ne sont pas protestants.
- Mais c’est les mêmes conneries ! Assagir le peuple, lui donner des réponses toutes faites aux questions fondamentales pour lui éviter de trop réfléchir, pour qu’il reste dans l’ignorance et la misère !
- Je crois en Dieu et en sa toute puissance.
- Alors vous croyez que ce qui arrive c’est la volonté de Dieu, que c’est notre destin, donc si je vous tue, c’est Dieu qui l’aura voulue ? J’irai au Paradis ? Dans ce cas personne n’ira enfer, et sans enfer il n’y a pas de Paradis.
- Qui vous a demandé de me tuer ?
- Tyron Phœnix.
- Quel salaud ! Ne me tuez pas ! Je vous payerais.
- Tu n’as plus d’argent, ils ont tout organisé.
Jackson se leva et hurlant :
- Cet homme veut me tuer ! Appelez la police ! !
Le serveur s’approcha.
- Il va vous ramener à l’hôpital.
- Quel hôpital ? ? ? ?
Hansen se leva à son tour.
- Il va se calmer, les patients sont toujours en peu déstabilisés quand on veut les ramener.
- Patient ! Mais de quoi il parle ? ?
- Vous aviez raison docteur Hansen il a perdu la mémoire.
- Je vais l'emmener mais d'abord il faut le faire taire et l'attacher.
- Vous croyez que c'est nécessaire ?
- Il est coriace.
- Au secours ! ! Lâchez-moi
- Au revoir docteur Hansen.
Hansen traîna Jackson jusqu'à une ruelle à l'abri des regards, la pluie n'avait pas cessé et Hansen glissait dans la boue, il essayait tant bien que de mal de tenir sur ses jambes tout en maîtrisant le massif Jackson. Il l'adossa contre le mur, il sortit un pistolet et le pointa sur la tête de sa victime.
C'est Dieu qui l'aura voulue ainsi...
Jackson gémit pour une dernière fois à travers le bâillon avant de mourir, la tête transpercée par une balle de Smith and Wesson.
Hanse rangea son arme, remonta son manteau pour ne pas laisser apparaître que sa vielle casquette puis s'en alla son contra rempli.